Streetart

Entretien avec un vandale

 

« Vandale », un mot qui en fait rêver certains mais qui provoque aussi des torrents de critiques. À la lecture de ce mot, c’est aussi au mystère que l’on pense. Et pourtant… Assis sur une table de tatoueur M. nous fait face. Alors que nous nous attendions à un vandale sombre et caché sous sa capuche, nous sommes surprises de trouver un jeune homme souriant et bavard.

M. a toujours dessiné. Papier, murs, peau,… tous les supports et toutes les techniques y passent. Il commence le graffiti avec ses amis skateurs vers l’âge de 12-13 ans. C’est le début de l’adolescence, le moment où « t’es un peu con, tu te dis que tu vas aller écrire sur les murs ». Mais tout est allé très vite. Le graffiti devient rapidement très important dans sa vie. Le skate et les figures acrobatiques ce n’est pas fait pour lui et il se consacre totalement au dessin. À cette époque, il vit en Irlande avec sa mère. Réticente au début, elle  finit par comprendre que le graffiti est devenu une addiction pour son fils, « elle a fait son deuil ». Impossible pour le jeune homme de marcher dans la rue sans écrire son « blase » au marqueur sur un mur, un store ou une poubelle.

« Moins t’en dis, mieux c’est. »

De retour en France, il commence par peindre tout seul, exclusivement sur des murs légaux. Et puis, les rencontres s’enchainent, des équipes se forment et les choses deviennent de plus en plus sérieuses pour lui. Les sessions nocturnes débutent, des sessions vandales. Dans sa ville, plus loin, jusqu’à Rennes, Paris, « il y a toujours un pote avec une voiture ». Mais qui dit « vandale » dit « discrétion ». M. ne se vante pas de faire du graffiti. Sans doute parce qu’il ne cherche pas la gloire ou la reconnaissance, « je me cale devant un mur, je fais mon truc. Si les gens aiment tant mieux, si non, tant pis, je m’en fous. » Graffer est une échappatoire, un moyen de se vider la tête et de se sentir bien car M. nous confie que quand il ne dessine pas, il est exécrable. Le fait d’apposer son blase sur une quelconque surface lui apporte tout de même une certaine satisfaction : s’imposer dans l’espace public sans permission même si cette trace sera effacée dans les jours qui suivent.  Car le graffiti n’est pas apprécié de tous alors « moins t’en dis, mieux c’est ». Il faut ruser pour tromper la police. « Il faut s’exporter », taguer dans toute la ville pour agrandir l’espace de recherche.

«Moi je m’en fous, si j’ai envie de peindre là, je peins là ! »

La ville, quel terrain de jeu… Murs, camions, stores, métros,… « La ville bouge et tu t’en rends compte si tu fais attention ». Les tags apparaissent et disparaissent à longueur de journée sans que personne n’y prête le regard. Personne sauf les graffeurs. M. nous confie avoir graffer sur des camions en plein Paris sans qu’aucun passant de s’arrête pour le regarder. Il nous avoue avoir déjà tagué depuis son hôtel à travers la ville tel le Petit Poucet pour ne pas perdre son chemin. « Même s’il ne faut pas exagérer », le jeune homme peint où il veut, «moi je m’en fous, si j’ai envie de peindre là, je peins là ! » Mais il connaît les risques du vandalisme et  a déjà eu à faire à la police. Ces derniers temps, ses priorités ont changé et il ne peut plus se permettre de se faire démasquer au risque de payer des amendes de plus de 1 000€. Il a délaissé le vandalisme en faveur des spots légaux, « ce n’est plus une priorité comme ça a pu l’être vers 17-18 ans, après tu grandis un peu ». Néanmoins, les murs légaux ont des avantages : « ça te permet de te poser le week end tranquille. »

« C’est tellement démocratisé et accessible avec internet que tu peux t’influencer de ceux qui ont un style différent. »

M. tire ses influences de plusieurs milieux. Plus jeune,  il s’oriente vers des études d’architecte, puis de design mais les études ce n’est pas fait pour lui. Guidé par sa passion pour le dessin, il décide d’ouvrir son salon de tatouage. Architecture et tatouage sont donc des inspirations parmi tant d’autres. Comme les autres graffeurs, il ne peut s’empêcher de regarder ce qui se fait ailleurs. En effet, pour lui la démocratisation a eu l’avantage d’offrir une visibilité très importante au graffiti et à tous ses styles. Avec  les nombreux blogs qui fleurissent sur le net, comment ne pas s’inspirer des artistes issus de pays du monde entier.

« [Le graff] c’est un gros égotrip. »

Cependant la démocratisation a également donné naissance au « streetart », une pratique qu’il rejette totalement, « moi je suis contre le streetart, […] la démarche est cool mais moi ça ne me plait pas, le regard des gens par rapport à ça… ils trouvent que c’est joli alors que c’est exactement la même chose [que ce que nous faisons en vandale]. Le support est le même c’est la façon de faire qui est différente. » En dépit de ces revendications, M. n’a pas de message à faire passer lorsqu’il graff, il y a tout de même une recherche calligraphique dans ses réalisations « j’ai mon pseudonyme et je l’écrit quoi. »  Et même s’il préfère graffer en compagnie de quelques amis, M. nous avoue sans détour que le graff « c’est quelque chose de très égoïste, c’est un gros égotrip.»

Propos recueillis par Andy

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