USA

Divagations

[écrit d’invention sur le thème « Si je revenais à Limerick avec un accent américain, ils diraient que je prends des grands airs et que je suis gras du cul comme tous les Amerloques. »]

Il est 14h. L’atmosphère est pesante. L’humidité est insoutenable. J’ai chaud. Les buildings aussi sont pesants. La hauteur. Tout est trop haut ici. Rien ne passe entièrement dans l’objectif d’un appareil photo d’ailleurs. C’est frustrant. C’est peut être la raison pour laquelle j’ai vécu dans cette ville sans la vivre pleinement. J’ai arpenté les avenues, traversé les ponts, vogué sur l’Hudson River et pourtant je n’ai rien vu. J’ai travaillé, me rendant chaque jour dans le même immeuble de Manhattan après un trajet Queens Plazza – Lexington Avenue, le nez dans mon smartphone. Un trajet quotidien sous la ville, sans un regard à travers la vitre du métro. Sans un regard pour chaque voisin qui s’est assis à côté de moi durant toutes ces années. Cela fait longtemps que je suis dans cette ville sans y être, sans y vivre. J’en viens même à me demander ce que j’y fais.

Lorsque je suis arrivée je n’ai pourtant pas eu de mal à m’intégrer. Des collègues de bureau sympas, des voisins de palier accueillants et serviables. J’avais même trouvé quelqu’un. Mais à New York tout va vite. Les gens changent vite. Ils changent de travail, ils changent de maison, ils changent de femme de ménage, ils changent de vie, ils changent de partenaire, ils changent d’amis. Moi aussi j’ai changé. Je ne me ballade plus dans les rue les yeux grand ouvert sur le monde. J’ai perdu toute propension à admirer. Avant je photographiais tout sur mon passage. Et puis New York m’a changé. Je suis rentrée dans le moule. Si je revenais à Limerick avec un accent américain, ils diraient que je prends des grands airs et que je suis gras du cul comme tous les Amerloques. Ils auraient raison. J’ai perdu l’accent irlandais. Je ne m’excuse plus lorsque je bouscule quelqu’un dans la rue. Cependant je ne suis pas « gras du cul ». Mon statu de jeune cadre dynamique d’une multinationale américaine m’oblige à aller « à la salle ». Je bois du « thé détox ». Je cours tout les dimanches matin dans Central Park. Je hèle même un taxi de temps à autre. J’ai pris des habitudes. Difficile de se rendre compte que je viens de la campagne irlandaise. Tout sur moi renvoie l’image de la new-yorkaise branchée.

Voila où j’en suis. Triste tableau. Voila ce que je me suis dit ce matin en sortant de mon lit. Je suis installée depuis 10 ans dans la Grosse Pomme et je n’ai même pas profité de tous ses avantages. Je me suis plongée dans le travail, dans ma carrière. Il est tant de changer. De retrouver la vraie vie. De redécouvrir ma ville d’adoption. Touriste dans ma propre ville, quelle belle idée… Mais par où commencer ? Cette ville est si grande, si éclectique. L’ile de Manhattan à elle seule renferme déjà une multitude d’endroits exceptionnels. Comment pourrais- je le savoir sachant que je ne l’ai jamais visité me demanderez vous ? Voici la réponse. Je suis assise sur ce banc de Central Park depuis 9h ce matin. Et depuis 9h ce matin je regarde les gens, je leur souris. C’est fou ce qu’un sourire peu déclencher chez une personne. Le sourire inspire la sympathie, il donne confiance. C’est un signe qui montre que l’on est prêt à engager la discussion. A la manière d’un Forest Gump, chacun des new yorkais à qui j’ai souri s’est assis à coté de moi pour ma raconter un instant de sa vie.

Edward, 74 ans s’est arrêté le premier. Au début, j’ai cru qu’il allait m’offrir la rose qu’il avait dans les mains. J’ai compris ensuite qu’elle était pour sa femme. Le vieil homme se rendait au Mémorial du 11 septembre, Downtown New York. Lui n’allait pas au musée qui avait été installé sur les lieux du drame, comme tous les touristes. Il m’expliqua qu’il se rendait à l’une des deux énormes fontaines, en lieu et place des trous béants laissés par les deux tours du World Trade Center. Autour des deux fontaines étaient gravés les noms de toutes les victimes. J’avais entendu dire que pour l’anniversaire de chaque victime, une rose était déposée sur son nom. Il allait rendre hommage à sa femme.
Andie, 25 ans était un tout autre personnage. Perchée sur des escarpins de 15 centimètres, elle s’arrêta devant moi, me gratifia d’un sourire étincelant et se mit à chanter. Elle se rêvait en futur star de Broadway. Ce qu’elle serait probablement un jour grâce à son talent exceptionnel. Des étoile plein les yeux elle me parla ensuite de chaque petit théâtre dans lequel elle avait passé une audition. Elle décrivait chaque scène, chaque bâtiment, chaque rue. Elle espérait même se retrouver un jour sur l’un des écrans mythiques de Times Square. Un spot annonçant son premier rôle dans Funny Girl, en Barbara Streisand des temps modernes.
Déjà 11h et je n’avais toujours pas bougé de ce banc. Je pensais en avoir fini lorsque Julian s’est assis à mes côtés. Il venait de garer son taxi à quelque mètre de là. Il croqua dans son sandwich tout en lâchant un soupir de réconfort. Il avait probablement attendu son déjeuné toute la mâtiné. J’entamai la discussion en lui souhaitant un bon appétit. Il me répondit par un sourire. Il avait la bouche pleine mais ne manqua pas de me proposer la moitié de son repas après avoir fini sa bouché. Bien que constamment affamée, je n’ai pas l’habitude d’accepter la nourriture venant d’inconnus… Je lui ai alors demandé dans quel secteur il roulait. Il m’expliqua qu’il faisait beaucoup d’aller retour entre Brooklyn et Manhattan. D’ailleurs il ne jurait que par le pont de Brooklyn. Il se mit à me vanter la vue des grattes ciel le matin au levé du soleil et ses yeux se mirent à briller lorsqu’il se mit à me décrire le soleil se couchant sur l’East River chaque soir. J’avais l’impression d’y être.
Toutes ces personnes c’étaient approprié leur ville. Ils la connaissaient et l’aimaient. Je devais en faire autant. J’avais l’impression d’en savoir plus en les ayant écouté qu’en ayant vécu ici plus de 10 ans. Tellement de temps perdu à rattraper…  Je me lève du banc. J’y vais. Il fait toujours aussi chaud mais l’atmosphère est plus légère. Le soleil brille et les buildings se reflètent les uns sur les autres. Jolie photo.
Andy
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s